Littérature générale

  • Je ne m'accorde pas une importance assez grande pour croire nécessaire de faire connaître au plus grand nombre un parcours qui n'a rien d'exemplaire. Mais, à l'heure où l'on se désole souvent de la désaffection pour la lecture (cette heure était déjà venue autrefois, et à plusieurs reprises, elle reviendra), il n'est peut-être pas inutile de montrer comment toute une vie peut être construite autour de cette colonne vertébrale. Je n'ai d'ailleurs, ce doit être un signe, aucun souvenir des quelques années qui ont précédé ma découverte de la lecture. Et la plupart des images restées de mon passé sont liées aux livres, directement ou indirectement - quel livre étais-je en train de lire quand telle chose m'est arrivée ?

  • Je lis - j'allais dire comme tout le monde - Amélie Nothomb depuis la parution de son premier roman, Hygiène de l'assassin. Je me désole souvent de la voir brader son talent. C'est à mes yeux une telle évidence que la remarque revient souvent et que la succession d'articles (dans Le Soir) ou de notes de blog (Le journal d'un lecteur) écrits sur ses livres et rassemblés ici prend un caractère répétitif. Une étude complète de l'oeuvre - ses vingt-huit livres publiés avec une belle régularité annuelle chez Albin Michel - évacuerait cette question en une seule analyse. Quelques autres aussi, probablement.
    P.-S. Vingt-neuvième roman d'Amélie Nothomb, Les aérostats s'ajoute en 2020 à sa bibliographie - et trouve sa place à la fin de ce petit livre dans un nouveau chapitre, millésimant du même coup ce « regard critique ».

  • Mes amis

    Emmanuel Bove

    Victor Bâton, ou plutôt Bâton Victor, comme il dit quand il se présente avec un sens formel qui l'honore en même temps qu'il donne l'impression d'être au régiment, cherche à passer inaperçu même quand personne n'est là pour l'observer : il se lave courbé, marche de même, passe les portes de profil (l'angle sous lequel il préfère se voir dans un miroir), prend garde à ne pas déranger, à ne pas faire un geste inconvenant, fournit des explications pour des comportements qui n'ont pas besoin de commentaires, craint de mal faire, ou que son attitude, bien que calculée au plus près de ce qu'il pense être correct, soit mal interprété... Timide et mou, indécis, il est un homme gris comme ceux auxquels aimera à s'attacher Simenon, un peu plus tard. (Il n'a pas fallu attendre certain roman érotique pour savoir qu'il y avait plus d'une nuance dans le gris.) Sinon que, dans sa volonté trop marquée de ne pas se faire remarquer, Victor Bâton paraît empoté, ce qui se remarque, et il s'en trouve gêné.


  • À Toliara et alentours, Malgaches, Karana et Vazaha se croisent, se mêlent et s'emmêlent pour le meilleur et pour le pire. On nage. Dans le cours imprévisible, les remous, la mêlée, parfois hors des flots. On vit en ville comme au village. Dans les gargotes, sur les routes de goudron éclaté et les pistes de sable. Comme chez soi en dur, en tôles ou en vondro. Reclus ou en ribote. On improvise. Aux détours d'un zébu, d'un fou, d'un trépassé ou d'un éloquent soudard. Dans le charivari infernal, le vif des traditions locales, les êtres marchent au charbon ou flottent, dévient malgré eux de foutaises en désespoirs, de malentendus en traquenards ou états de grâce. On se chamaille. On palabre pour un bien commun, un canard qu'on déplume ou un sort venu de nulle part. On s'étripe pour le sel et la terre, on rouscaille, chante la guigne ou la poisse, on s'esclaffe, se dégage, rit de l'homme, la femme qui n'a pas fini d'en voir. Et si au final les genres, les classes, les origines se confondaient pour laisser planer tous les doutes ? Et si, pétris et navigués, dénudés, au lieu de fuir, nous acceptions que tous étions du même cru, de la même trempe, sans distinction ? Qu'il en déplaise à Dieu, aux illustres Aînés, aux arrogants et férus du langage sinistré, il nous est offert de boire la vie jusqu'à la lie, la lune nouvelle et l'art de résonner du tsapiky au soleil de l'amour noir.

  • La splendeur lyrique des tableaux de l'usine en travail ne parvient pas à étouffer la puissante émotion humaine dont ces pages de douleur sont lourdes. La vie d'un laminoir n'est que le cadre d'une action où évolue, de la tendresse jeune aux plus sombres péripéties du malheur et du vice, un couple ouvrier. (Léon Bazalgette.)

  • Le 1er janvier, Tristan Bernard (1866-1947) entre dans le domaine public et, avec quatre titres, dans la catalogue numérique de la Bibliothèque malgache (collection « Bibliothèque littéraire »).
    Plus connu peut-être pour ses traits d'esprit que pour ses oeuvres, il a lui-même contribué à faire oublier que celles-ci sont pleines de ceux-là.
    Voici l'occasion de le vérifier, et de s'en réjouir.
    Contes de Pantruche et d'ailleurs est une collection de vingt-sept histoires fantaisistes et plaisantes. Des explorateurs européens en quête de cannibales africains n'en trouvent pas mais sont amenés à déguster leurs porteurs. L'Académie donne des prix à des ouvrages publiés d'abord sous d'autres titres, sans se soucier de cohérence. Le roi Dagobert entend le peuple murmurer et retourne, outre sa culotte, sa veste, son bonnet royal et ses pantoufles. Pierre Arabin meurt et renaît, pour la grande joie de ses amis tandis que les dames trouvent ses souvenirs un peu tristes. Etc.

    Supplément

    En guise de préface, les extraits du Journal de Jules Renard où celui-ci fournit quelques fragments pour faire, sans le vouloir, le portrait d'un homme qu'il fréquentait beaucoup : « une petite tête d'enfant chaude comme une pomme de terre en robe de chambre. »

  • Le 1er janvier, Tristan Bernard (1866-1947) entre dans le domaine public et, avec quatre titres, dans la catalogue numérique de la Bibliothèque malgache (collection « Bibliothèque littéraire »).
    Plus connu peut-être pour ses traits d'esprit que pour ses oeuvres, il a lui-même contribué à faire oublier que celles-ci sont pleines de ceux-là.
    Voici l'occasion de le vérifier, et de s'en réjouir.
    Dans Les veillées du chauffeur, on croisait Sherlock Holmes. En suivant l'idée, Tristan Bernard place dans Mathilde et ses mitaines une enquête entre les mains d'une femme qui seconde avec zèle son mari, un vrai policier celui-là. Pour une intrigue assez tirée par les cheveux grâce à une jeune femme recueillie une nuit, en bas de chez lui, par Firmin Remongel, instantanément tombé amoureux de cette brève apparition. Les apaches font du bruit dans les rues de Belleville, le quartier n'est pas très sûr mais il s'y passe des choses encore plus étranges que ne le laissent penser les premiers indices. Pour compléter l'information, il faudra d'ailleurs aller jusqu'au Havre et à Bruxelles.

    Supplément

    Dans la revue de presse, André du Fresnois, peu amateur de romans policiers, s'étonne sur un air guilleret. Et Paul Souday se fait moralisateur.

  • Le 1er janvier, Tristan Bernard (1866-1947) entre dans le domaine public et, avec quatre titres, dans la catalogue numérique de la Bibliothèque malgache (collection « Bibliothèque littéraire »).
    Plus connu peut-être pour ses traits d'esprit que pour ses oeuvres, il a lui-même contribué à faire oublier que celles-ci sont pleines de ceux-là.
    Voici l'occasion de le vérifier, et de s'en réjouir.
    L'automobile n'a pas changé seulement le voyage, elle a aussi modifié le voyageur et les lieux mêmes dans lesquels il se déplace. Les anecdotes vécues ou imaginées rassemblent, sous forme humoristique, les avantages et les inconvénients de la nouveauté. Avec une belle collection d'attitudes diverses devant la machine devenue le point de repère absolu en fonction duquel s'organise désormais la vie sociale. Les veillées du chauffeur, plus de cinquante variations sur le même thème, avec l'apparition, de temps à autre, d'une bicyclette ou d'un cheval.

    Suppléments

    Gloire à l'auto, un texte de Tristan Bernard écrit pour Le Matin au moment où son livre était publié. Et une courte revue de presse.

  • Le 1er janvier, Tristan Bernard (1866-1947) entre dans le domaine public et, avec quatre titres, dans la catalogue numérique de la Bibliothèque malgache (collection « Bibliothèque littéraire »).
    Plus connu peut-être pour ses traits d'esprit que pour ses oeuvres, il a lui-même contribué à faire oublier que celles-ci sont pleines de ceux-là.
    Voici l'occasion de le vérifier, et de s'en réjouir.
    Mémoires d'un jeune homme rangé, premier roman en solitaire d'un écrivain qui ne s'y était risqué, auparavant, qu'en compagnie, préférant écrire des pièces de théâtre pour mettre en valeur ses qualités de dialoguiste. Daniel Henry y cherche son personnage, comme un comédien qui ne saurait quel habit endosser. Ses vêtements causent d'ailleurs quelques soucis à un jeune homme toujours en train de se demander comment le voient les autres. Et les réponses qu'il apporte lui-même ne le satisfont guère, jusqu'au moment où Berthe Voraud semble s'intéresser à lui. Mais le chemin vers leur union est tortueux.

    Supplément

    Une étude de caractère, sans faire l'économie de l'aspect physique (« Il est gras ; il n'est pas rose. »). Parue dans La Presse en 1900, elle est signée Francis de Croisset : « Il a l'observation minutieuse et analytique. Il scrute le coeur humain à coups d'épingles. Il le fouille de ses ongles courts, avec le plaisir aigu et chatouilleur qu'on ressent à gratter un bouton. »

  • Gilbert de Voisins sera de ceux qui empêcheront le nom de Segalen de disparaître. Il lui a dédié, en 1913, la première édition d'Écrit de Chine: «À mon ami Victor Segalen, compagnon de voyage parfait, en souvenir de nos étapes chinoises.» Dans une réédition de 1924, il ajoute un chapitre, «Le souvenir de Victor Segalen», repris d'un article d'abord publié par La Revue de Paris.
    Ces pages ouvrent la petite stèle composée par fragments, de l'ami à l'ami. Gilbert de Voisins avait déjà, apprenant la mort de Victor Segalen, composé un hommage paru en juin 1919 dans le Mercure de France. La mémoire de l'amitié est longue et l'admiration ne s'éteint pas. Personne mieux que Gilbert de Voisins ne pouvait accueillir les publications posthumes de René Leys ou d'Équipée par des articles publiés, le premier en 1923 par La Nouvelle Revue française, le second en 1929 par Les Nouvelles littéraires.
    Les quatre articles éparpillés dans autant de publications sont ici réunis pour la première fois. (Celui de 1923 est aussi devenu la préface de notre réédition de René Leys qui paraît simultanément.)

  • Cette histoire d'un jeune mythomane (ou peut-être d'un jeune héros empêtré dans ses aventures) dont les récits étranges exaltent et déçoivent tour à tour, qui promet de livrer son secret et qui se reprend aussitôt, non sans laisser dans l'esprit de quoi l'inquiéter, cette histoire sardonique et douloureuse, coupée de sursauts plaisants, est un des plus singuliers documents que nous ayons sur la Chine d'hier, parée de ses soies brodées d'or et des prestiges de son passé. - Elle est aussi, elle est surtout la description, minutieuse en sa cruauté, du rêve auquel on demande trop, qui se ternit quand on l'éclaire, qui se brouille quand on tâche d'en tirer la vérité qu'il sous-entend, suppose mais n'expose pas ; livre amer et poignant, vivant et contrasté, où, du personnage principal, le lecteur se défie autant que s'en défiait l'auteur lui-même, et qui se termine, en quelque sorte, par un point d'interrogation.
    Gilbert de Voisins, La Nouvelle Revue française.

  • « Ces Lectures pour une ombre, ce sont bien des récits de campagne, mais on n'en connaissait point encore de ce style. C'est mieux que la guerre en dentelles ou en gants blancs, c'est la guerre en tenue de tous les jours, la guerre accueillie avec une sorte d'indifférence polie et narquoise, comme un incident un peu gros auquel il faut bien assister et prendre part, mais sans lui permettre de nous émouvoir ni surtout de rien changer à nos habitudes d'esprit. Pas de grands mots, pas de grands gestes, pas de drame ! Le stoïcisme en quelque sorte mondain de M. Jean Giraudoux met son point d'honneur à éviter toute manifestation inutile et à ne manquer sous aucun prétexte aux règles du savoir-vivre. » (Le Temps)

  • Sous le titre : Solitudes, M. Édouard Estaunié publie trois nouvelles infiniment attachantes, où l'on retrouve les belles qualités d'exécution nette et de style sobre qui distinguent ses remarquables romans. Une complication psychologique très raffinée, mais toujours fondée sur la vérité et l'observation humaines, caractérisent ces trois récits de forte originalité et vraiment vivants de la vie de l'âme et de la vie des choses. Ils compteront parmi les meilleures productions de M. Estaunié. (Le Journal des débats politiques et littéraires.)

  • Une passionnante chronique de Thomas Clerc dans Libération, le 24 février 1917, tire soudain la Bibliothèque malgache d'un côté où elle ne pensait pas aller. Dans ce texte, «Lire ses ennemis», il raconte comment il demandait à ses étudiants, qui ont à peu près tous lu au moins un livre d'Émile Zola, s'ils ont lu un livre de Maurice Barrès. Personne.
    Or, insiste Thomas Clerc: «Il est toujours instructif de lire ses ennemis.» En voici un dont la pensée est à la source - non lue, non dite - d'une bonne partie de l'extrême droite française.
    Cela mérite, pour le moins, d'être lu. Raison pour laquelle nous proposons aujourd'hui, à quelques jours en France du premier tour d'une élection présidentielle indécise, une version au moins lisible de ce roman.


  • «Quand Charles descendit de l'avion, il tombait des cordes. Au contrôle des passeports, il était trempé. Lui qui avait prévu de passer l'hiver au soleil, se dit que cela commençait mal. Il récupéra son bagage, passa la douane et se présenta à l'enregistrement pour sa destination finale, le sud. Il eut la désagréable surprise d'apprendre que l'avion aurait une heure de retard. Il en profita pour faire du change. On lui donna des billets neufs; il ignorait qu'il n'en reverrait plus de sitôt.»

    Né en 1940 aux portes de Paris, Alain Jeanpierre a quitté la France à douze ans pour la Suisse où il a passé la plus grande partie de son adolescence. Après un baccalauréat de philosophie, dix-huit mois de service militaire et deux ans aux Beaux-Arts de Paris, il a entamé une carrière d'architecte d'intérieur qui l'a mené en Italie, en Afrique et aux Antilles. Depuis 1989, il vit la tête en bas... dans l'hémisphère Sud. On l'a croisé, lui ou son double, comme personnage dans "Roman Vrac", de Jean-Claude Mouyon.

  • Édouard Deburaux (1864-1904) a signé Léo Dex de nombreux ouvrages écrits en collaboration avec Maurice Dibos (1855-1931) et consacrés aux voyages en ballon. Ce roman prend prétexte de troubles à Madagascar pour une traversée aérienne de la Grande Île. Les faits, imaginaires, ne sont pas précisément datés. Mais on peut les situer, par recoupement, vers 1893 ou 1894. Il s'agit d'un grand roman d'aventures, dans l'esprit où Jules Verne a pu écrire Cinq semaines en ballon. Madagascar n'est ici qu'un décor. Décrit cependant avec précision grâce à la présence, parmi les aéronautes, d'un explorateur qui a beaucoup voyagé dans l'île. Nommé Gradnier dans le roman, il a de toute évidence été inspiré par Alfred Grandidier et, comme lui, connaît tout ou presque de Madagascar à cette époque.

  • Depuis une vingtaine d'années, c'est-à-dire que j'ai pris le train en marche, je lis les livres de Dany Laferrière. Nous avons aussi parlé à diverses reprises, avec une proximité de plus en plus grande : le premier entretien, en 2008, s'est fait par courriel ; l'année suivante, par téléphone ; et, en 2012, à une terrasse de bistrot à Bruxelles. Les circonstances ont ainsi fait que, le temps passant, l'oeuvre et son auteur se sont de mieux en mieux confondus dans mon esprit.
    À travers la quinzaine d'articles de tailles variables rassemblés ici, tels qu'ils ont été publiés dans Le Soir, se dessine peut-être, je l'espère, une trajectoire littéraire et humaine à travers laquelle il est possible d'introduire Dany Laferrière auprès de celles et ceux qui l'ont encore peu lu, ou même qui ont encore à le découvrir.
    (Pierre Maury, dimanche 6 novembre 2016.)

    Livre gratuit avant et pendant le séjour de Dany Laferrière à Madagascar, jusqu'au 28 novembre 2016.


  • Les
    Lettres à l'amie
    de Jules Renard, publiées en deux livraisons de
    La Nouvelle Revue française
    , en juillet et août 1913, me sont apparues comme des évidences. Je ne les connaissais pas. Vous non plus, peut-être. Elles gagnent à être connues. Il y a là une joyeuse mauvaise foi appliquée à une relation amoureuse qui finit en histoires de la campagne - comme on en trouve aussi dans le
    Journal
    . (L'éditeur.)

  • Le 4 octobre 1883, l'Orient-Express part de la gare de l'Est à 19 heures 30, emportant vers Constantinople ou, comme le dit Edmond About, Stamboul, des passagers invités. Parmi eux, quelques journalistes et un écrivain sont particulièrement chargés de faire la promotion de l'événement. Deux d'entre eux au moins reviendront du voyage « avec un livre sous le bras », comme l'écrit Octave Uzanne dans Le Livre. Une manière d'exprimer de la reconnaissance envers Georges Nagelmackers, fondateur de la Compagnie internationale des wagons-lits, et qui était du voyage. Edmond About, écrivain alors célèbre et sur le point d'être élu à l'Académie française, rédige De Pontoise à Stamboul, qui occupe à peu près la moitié d'un volume de 300 pages complété par des textes plus brefs. Henri Opper de Blowitz, qui est à Paris le correspondant du Times, fait mieux encore avec Une course à Constantinople, plus de 350 pages.

  • Adolphe Badin n'a pas laissé de traces marquantes dans l'histoire de la littérature française. Ce journaliste, né à Auxerre en 1831 et mort dans les années 1890, a pourtant beaucoup publié. Sur le théâtre en particulier, un milieu qu'il fréquentait professionnellement. Mais ses goûts le portaient vers les aventuriers. Authentiques voyageurs, comme des marins - on lui doit une biographie de Jean Bart -, ou personnages romanesques qu'il envoyait vers la Russie, en Algérie ou... à Madagascar. Ce roman, paru en 1896 chez Armand Colin, est d'abord une explication de l'expatriation sur des terres nouvelles: faire fortune à Madagascar serait plus facile que de végéter dans le milieu délétère de la Bourse parisienne. Puis il met en scène l'avancée de l'armée française de la côte ouest jusqu'à la capitale malgache.

  • Il ne fait pas toujours bon montrer au pays colonisateur ce que les bien-pensants ne veulent pas savoir de leurs territoires lointains et quelles moeurs s'y pratiquent. Dans Romans-revue, où l'on lit, lèvres pincées et yeux furibards, toute une production littéraire où l'exotisme s'exacerbe en érotisme, Charles Renel est salué en décembre 1923 pour sa connaissance du pays et la qualité de la description qu'il en fait. Quant au «Décivilisé», il reçoit un jugement sans appel: «Le livre est mauvais: il a pour la vie sensuelle des noirs et pour les moeurs déplorables de ces pays des complaisances scandaleuses; il fait bon marché des missions catholiques; il prêche des idées fausses et injustes.» Romans-revue, faut-il le préciser, est une publication catholique qui revendique la propagande de la foi. L'incompatibilité est totale.

  • Quand il publie, en 1889, les nouvelles de Ceux de la glèbe, Camille Lemonnier n'est plus, depuis quelques années déjà, un inconnu. Philippe Gille signale, dans Le Figaro du 6 février, un livre qu'il a peut-être feuilleté distraitement - il n'y compte que six nouvelles, alors qu'il y en a sept -, comptant probablement sur la notoriété de l'auteur pour s'épargner une lecture plus fouillée. Ces nouvelles sont, se contente-t-il de dire, «écrites avec la haute couleur, la franchise, j'allais dire la brutalité des oeuvres de ce romancier de grand talent.» Fermez le ban.

    Le Livre y consacre, le 10 mars, un article plus consistant où on lit notamment ceci: «Il y a une singulière poésie dans la Genèse, la nouvelle qui ouvre le nouveau volume de Camille Lemonnier; on y sent comme un reflet de la Bible, une Bible moderne, au langage plus rapproché de nous; la figure de la vieille Ka, enfantant sans cesse pour peupler la terre, a une allure grandiose qui impressionne et saisit.»

  • Étienne Grosclaude (1858-1932) était un célèbre humoriste, auteur de nombreux ouvrages dont la plupart reprenaient ses chroniques parues dans différents journaux et magazines. Jules Lemaître se disait fasciné par son «irrévérence universelle», ses «inventions de fou dialecticien» et l'apparence d'«élégance imbécile» de ses textes. Grosclaude touchait à tous les sujets, et décida un jour d'aller en chercher du côté de Madagascar.

    Embarqué le 10 août 1896 sur le Yang-Tsé en même temps que Gallieni, il passe quelques mois sur la Grande Île d'où il rapporte un récit bien dans sa manière. L'humour y est omniprésent et l'auteur fait exception parmi les voyageurs de son époque en ironisant autant sur lui-même que sur les Malgaches. Sans se départir de l'idéologie dominante, il parvient malgré tout à faire goûter ses traits d'esprit.


    En guise d'auto-présentation, Étienne Grosclaude raconte à sa manière, c'est-à-dire sur un mode plaisant et fantaisiste, comment il a a été amené à effectuer ce voyage. Ce texte est extrait d'une anthologie de Paul Acker.

  • À la sortie d'Un homme si simple, Raymond Cogniat rencontre André Baillon pour Comoedia. L'entretien paraît dans le numéro des lundi et mardi 1er et 2 juin 1925 : « M. André Baillon parle comme il écrit, simplement, sans affectation, sans mots inutiles ; il répond en quelques mots aux questions qu'on lui pose, même lorsqu'elles sont indiscrètes ; il s'exprime brièvement, mais sans hâte, et attend de nouvelles questions. »

    Ce qu'il explique ? Comment il voulait raconter ce qu'il avait vu et vécu à la Salpêtrière. « J'avais fait un premier séjour de deux mois environ il y a deux ans ; l'année dernière, j'y suis retourné une quinzaine de jours. » Comment aussi il a été entraîné, « presque contraint », à écrire d'abord sa propre histoire. Il ne se masque pas derrière la fiction : « Les femmes dont je parle existent, et aussi la petite Micheline, et le docteur avait raison : elle était l'épine qui empêchait ma guérison. Quand je terminai ce livre, j'en fus débarrassé ; dès qu'on connaît les causes de son mal, on est presque guéri. »

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