Langue française

  • Je ne m'accorde pas une importance assez grande pour croire nécessaire de faire connaître au plus grand nombre un parcours qui n'a rien d'exemplaire. Mais, à l'heure où l'on se désole souvent de la désaffection pour la lecture (cette heure était déjà venue autrefois, et à plusieurs reprises, elle reviendra), il n'est peut-être pas inutile de montrer comment toute une vie peut être construite autour de cette colonne vertébrale. Je n'ai d'ailleurs, ce doit être un signe, aucun souvenir des quelques années qui ont précédé ma découverte de la lecture. Et la plupart des images restées de mon passé sont liées aux livres, directement ou indirectement - quel livre étais-je en train de lire quand telle chose m'est arrivée ?

  • Les lectrices et lecteurs des aventures d'Arsène Lupin - ainsi que les amatrices et amateurs des diverses variations qui s'en inspirent aujourd'hui encore - tiennent habituellement Arsène Lupin, Gentleman-Cambrioleur, le volume paru en 1907 chez Pierre Lafitte & Cie, pour les débuts du voleur-artiste.
    Les spécialistes savent que ce n'est pas aussi simple. La première apparition du héros se fait bien, comme dans le livre, dans « L'arrestation d'Arsène Lupin ». Mais deux ans avant la publication de l'ouvrage, le 15 juillet 1905, dans le mensuel Je sais tout. Suivirent, du 15 décembre de la même année au 15 juillet 1906, sept autres aventures sous le titre récurrent : La vie extraordinaire d'Arsène Lupin, que nous avons adopté pour établir notre édition numérique.
    Il s'ajoutait chez Pierre Lafitte, à ces huit premiers textes, un feuilleton plus tardif, paru dans Je sais tout le 15 mai 1907 : « Le sept de coeur », sous-titré « Comment j'ai connu Arsène Lupin ». Maurice Leblanc y donne avec fantaisie des explications sur la rencontre avec son personnage. Bien que « Le sept de coeur » ait été précédé d'autres publications, nous l'avons maintenu dans ce livre. Mais à la place qui aurait dû être la sienne dès la première édition - la dernière, en forme de conclusion provisoire.
    L'ordre dans lequel nous donnons les neuf parties qui constituent donc aujourd'hui La vie extraordinaire d'Arsène Lupin est celui de leur publication originale dont l'édition de Pierre Lafitte s'écartait.
    Le texte est par ailleurs celui que les premiers lecteurs ont découvert dans Je sais tout, présentation de chaque épisode et intertitres compris. Il présente des différences parfois importantes avec celui des éditions successives que nous connaissons toutes et tous.
    On notera, en particulier, que Sherlock Holmes se trouve ici sous le nom que lui a forgé Conan Doyle, et non transformé en Herlock Sholmès comme il l'avait été en 1907. Les curieuses et les curieux enquêteront sur d'autres variations...
    Cette version originale leur est destinée.

  • «Vous lirez donc, j'espère, cette très simple histoire où beaucoup de vie réelle et de frémissante humanité tiennent en peu de pages et en de menus événements. Vous y verrez avec quelle fine sobriété nous sont peints la vieille cité maritime et commerçante, l'intérieur bourgeois et provincial qui fournissent à chaque scène du roman un décor si approprié. Vous ne pourrez vous empêcher de plaindre et d'aimer la frivole Mme Meissirel, petite «Bovary» marseillaise aux inconsciences et aux grâces de créole, «maman» adorable, mais intermittente, s'occupant de son enfant avec excès quand elle ne le néglige pas tout à fait pour se passionner ailleurs. Vous aimerez et plaindrez aussi son lourd mari, prodigieusement maladroit, timide ou énergique à contre-temps, docile aux suggestions d'une soeur acariâtre et, malgré tout, plein de tendresse, de débonnaire indulgence. Vous ne vous étonnerez pas que le petit garçon prenne d'instinct parti pour sa mère, pour la grande amie enjouée, capricieuse, futile dont il se sent presque l'égal ; et, quand cette mère impulsive aura déserté la maison, vous trouverez non moins naturel qu'il se découvre solidaire de l'humiliation, de l'angoisse paternelles.» Marcel Ballot.

  • Je lis - j'allais dire comme tout le monde - Amélie Nothomb depuis la parution de son premier roman, Hygiène de l'assassin. Je me désole souvent de la voir brader son talent. C'est à mes yeux une telle évidence que la remarque revient souvent et que la succession d'articles (dans Le Soir) ou de notes de blog (Le journal d'un lecteur) écrits sur ses livres et rassemblés ici prend un caractère répétitif. Une étude complète de l'oeuvre - ses vingt-huit livres publiés avec une belle régularité annuelle chez Albin Michel - évacuerait cette question en une seule analyse. Quelques autres aussi, probablement.
    P.-S. Vingt-neuvième roman d'Amélie Nothomb, Les aérostats s'ajoute en 2020 à sa bibliographie - et trouve sa place à la fin de ce petit livre dans un nouveau chapitre, millésimant du même coup ce « regard critique ».

  • Cet ouvrage date de plus de vingt ans. Mais, basé sur des séjours effectués dans les derniers mois de 1995, il était épuisé. Au vingt-cinquième anniversaire du génocide rwandais, il n'a pas semblé inutile de le rééditer.

  • «Mais situons d'abord M. Georges Bernanos dans nos perspectives littéraires. Il n'a pas été d'abord facile à définir. "Sous le soleil de Satan" le faisait apparaître comme un romancier du surnaturel, spécialité assez rare en France et qui n'a pas de province littéraire bien établie. "L'imposture" et "La joie" semblaient préciser M. Georges Bernanos comme le romancier du prêtre, autre spécialité extrêmement difficile et chez nous peu commune. Mais bientôt, les dons de polémiste de M. Georges Bernanos éclataient dans la "Grande peur des bien-pensants", mettant alors sa pensée, sa tradition intellectuelle en pleine lumière.» (Ramon Fernandez)

  • Un sujet brûlant agite le monde des lettres et les colonnes des gazettes pendant l'été 1891. Marie-Louise Gagneur (1832-1902), qui a publié des livres remarqués, n'en peut plus d'être appelée « auteur » ou « écrivain ». Elle s'adresse à l'Académie française pour que celle-ci prenne en considération la féminisation de certains mots dont le masculin s'est assuré l'exclusivité.
    En 2019, ça va mieux. Mais il y a fallu du temps, et il n'est pas inutile de rappeler un épisode de ce long combat qui passionnait, cette année-là, si pas les foules, au moins le monde intellectuel français.

  • Une mine d'or, une cité perdue, un aventurier ami des souverains malgaches et concessionnaire d'un immense territoire, un corps expéditionnaire colonial décimé par les fièvres : c'est le sujet très romanesque de cette petite histoire en marge de la grande. Disparue des cartes et des mémoires, Suberbieville a pourtant bien existé. Il fallait la sauver des gouffres de l'oubli. (Nombreuses illustrations.)


    Yannick Boulay a longtemps servi comme inspecteur détaché au Ministère de la Coopération et du Développement, chargé de l'enseignement du français dans les pays francophones d'Afrique et de l'Océan Indien. À ce titre, il a effectué de nombreuses missions à Madagascar entre 1984 et 1998, soit cent ans après l'histoire qu'il relate. Amoureux de la Grande Île, il y revient souvent.


  • L'exposition parisienne Madagascar. Arts de la Grande Île, au musée du quai Branly-Jacques Chirac (du 18 septembre 2018 au 1er janvier 2019) témoigne du passé mais aussi du présent - d'une partie du présent. C'est justice. De ce présent, ou d'un passé très proche, voici un témoignage sur une autre partie, mosaïque d'articles publiés en différents endroits et surtout dans deux quotidiens d'Antananarivo : La Gazette de la Grande Île (2004-2005) et Les Nouvelles (2005-2006).


    Cet ouvrage se complète d'un autre, Les arts malgaches colonisés : 1895-1936 où sont compilés, sur le même sujet, des articles de la presse coloniale française.


  • Madagascar et les colonies excitent bien des appétits en France et la presse en témoigne pendant l'époque coloniale. D'autres volumes publiés par la Bibliothèque malgache compilent quantité d'articles parus dans les journaux de Madagascar ou de métropole, sur le ton général de : nous apportons la civilisation à ces grands enfants que sont les Malgaches, en échange nous prenons dans la Grande Île de quoi accroître nos richesses en même temps que nous offrons aux courageux colons les meilleures conditions pour entreprendre et prospérer.
    En écho à l'exposition parisienne Madagascar. Arts de la Grande Île, au musée du quai Branly-Jacques Chirac (du 18 septembre 2018 au 1er janvier 2019), nous avons fouillé cette presse à la recherche de textes qui se seraient intéressés à ces arts pendant l'époque coloniale.


    Cet ouvrage se complète d'un autre, Arts et coutumes de Madagascar : 2000-2012, où sont recueillis des articles plus récents rendant compte, sans esprit de méthode, d'une effervescence culturelle plus contemporaine.

  • Albert Londres ne réécrit pas l'Histoire, il la vit au plus près, en donne environ deux cents échos qui, ensemble, posent un regard, posent un homme, lui fournissent une réputation toute nouvelle et déjà solide.
    Nous n'avons, dans ce volume, compilé que les articles signés par Albert Londres. On sait qu'avant d'arriver à Reims en septembre 1914, il avait déjà écrit quelques grands articles. Mais, en l'absence de son nom après le point final, ils ont été écartés. En revanche, la lecture attentive, quatre années durant, des journaux pour lesquels il travaillait à cette époque a permis d'exhumer, en pages intérieures, quelques textes passés inaperçus dans des éditions précédentes. L'exhaustivité a été notre objectif, la rigueur dans la transcription tout autant. En comparant l'original et les diverses copies publiées avant celle-ci, des divergences apparaissent. Elles partent, pour la plupart, d'un bon sentiment : rétablir, dans des phrases parfois longues, à coups de virgules par exemple, un rythme convenu - alors que celui d'Albert Londres ne l'est guère, dans l'économie de respirations qui le caractérise. Sa prose est un flux tendu qui restitue, mieux qu'une langue classique, le tempo des événements.

  • Mes amis

    Emmanuel Bove

    Victor Bâton, ou plutôt Bâton Victor, comme il dit quand il se présente avec un sens formel qui l'honore en même temps qu'il donne l'impression d'être au régiment, cherche à passer inaperçu même quand personne n'est là pour l'observer : il se lave courbé, marche de même, passe les portes de profil (l'angle sous lequel il préfère se voir dans un miroir), prend garde à ne pas déranger, à ne pas faire un geste inconvenant, fournit des explications pour des comportements qui n'ont pas besoin de commentaires, craint de mal faire, ou que son attitude, bien que calculée au plus près de ce qu'il pense être correct, soit mal interprété... Timide et mou, indécis, il est un homme gris comme ceux auxquels aimera à s'attacher Simenon, un peu plus tard. (Il n'a pas fallu attendre certain roman érotique pour savoir qu'il y avait plus d'une nuance dans le gris.) Sinon que, dans sa volonté trop marquée de ne pas se faire remarquer, Victor Bâton paraît empoté, ce qui se remarque, et il s'en trouve gêné.


  • À Toliara et alentours, Malgaches, Karana et Vazaha se croisent, se mêlent et s'emmêlent pour le meilleur et pour le pire. On nage. Dans le cours imprévisible, les remous, la mêlée, parfois hors des flots. On vit en ville comme au village. Dans les gargotes, sur les routes de goudron éclaté et les pistes de sable. Comme chez soi en dur, en tôles ou en vondro. Reclus ou en ribote. On improvise. Aux détours d'un zébu, d'un fou, d'un trépassé ou d'un éloquent soudard. Dans le charivari infernal, le vif des traditions locales, les êtres marchent au charbon ou flottent, dévient malgré eux de foutaises en désespoirs, de malentendus en traquenards ou états de grâce. On se chamaille. On palabre pour un bien commun, un canard qu'on déplume ou un sort venu de nulle part. On s'étripe pour le sel et la terre, on rouscaille, chante la guigne ou la poisse, on s'esclaffe, se dégage, rit de l'homme, la femme qui n'a pas fini d'en voir. Et si au final les genres, les classes, les origines se confondaient pour laisser planer tous les doutes ? Et si, pétris et navigués, dénudés, au lieu de fuir, nous acceptions que tous étions du même cru, de la même trempe, sans distinction ? Qu'il en déplaise à Dieu, aux illustres Aînés, aux arrogants et férus du langage sinistré, il nous est offert de boire la vie jusqu'à la lie, la lune nouvelle et l'art de résonner du tsapiky au soleil de l'amour noir.

  • L'auteur des Enfants de Caïn a voulu suivre les apprentis forçats des écoles correctionnelles jusqu'au bout de leur destin... le bagne !
    Il est allé en Guyane.
    Étrange Guyane, où l'on peut trouver de la poudre d'or sous un plant de salade, en lavant la terre de son jardin !
    Louis Roubaud a remonté les fleuves, il a vécu dans les placers avec des évadés. Il est redescendu dans les camps de pénitence, à Cayenne, à Saint-Laurent-du-Maroni, à l'Île du Diable... Il a confessé les criminels, souffert de leur châtiment et s'est efforcé de deviner leur âme.

  • La splendeur lyrique des tableaux de l'usine en travail ne parvient pas à étouffer la puissante émotion humaine dont ces pages de douleur sont lourdes. La vie d'un laminoir n'est que le cadre d'une action où évolue, de la tendresse jeune aux plus sombres péripéties du malheur et du vice, un couple ouvrier. (Léon Bazalgette.)

  • Le 1er janvier, Tristan Bernard (1866-1947) entre dans le domaine public et, avec quatre titres, dans la catalogue numérique de la Bibliothèque malgache (collection « Bibliothèque littéraire »).
    Plus connu peut-être pour ses traits d'esprit que pour ses oeuvres, il a lui-même contribué à faire oublier que celles-ci sont pleines de ceux-là.
    Voici l'occasion de le vérifier, et de s'en réjouir.
    Contes de Pantruche et d'ailleurs est une collection de vingt-sept histoires fantaisistes et plaisantes. Des explorateurs européens en quête de cannibales africains n'en trouvent pas mais sont amenés à déguster leurs porteurs. L'Académie donne des prix à des ouvrages publiés d'abord sous d'autres titres, sans se soucier de cohérence. Le roi Dagobert entend le peuple murmurer et retourne, outre sa culotte, sa veste, son bonnet royal et ses pantoufles. Pierre Arabin meurt et renaît, pour la grande joie de ses amis tandis que les dames trouvent ses souvenirs un peu tristes. Etc.

    Supplément

    En guise de préface, les extraits du Journal de Jules Renard où celui-ci fournit quelques fragments pour faire, sans le vouloir, le portrait d'un homme qu'il fréquentait beaucoup : « une petite tête d'enfant chaude comme une pomme de terre en robe de chambre. »

  • Le 1er janvier, Tristan Bernard (1866-1947) entre dans le domaine public et, avec quatre titres, dans la catalogue numérique de la Bibliothèque malgache (collection « Bibliothèque littéraire »).
    Plus connu peut-être pour ses traits d'esprit que pour ses oeuvres, il a lui-même contribué à faire oublier que celles-ci sont pleines de ceux-là.
    Voici l'occasion de le vérifier, et de s'en réjouir.
    Dans Les veillées du chauffeur, on croisait Sherlock Holmes. En suivant l'idée, Tristan Bernard place dans Mathilde et ses mitaines une enquête entre les mains d'une femme qui seconde avec zèle son mari, un vrai policier celui-là. Pour une intrigue assez tirée par les cheveux grâce à une jeune femme recueillie une nuit, en bas de chez lui, par Firmin Remongel, instantanément tombé amoureux de cette brève apparition. Les apaches font du bruit dans les rues de Belleville, le quartier n'est pas très sûr mais il s'y passe des choses encore plus étranges que ne le laissent penser les premiers indices. Pour compléter l'information, il faudra d'ailleurs aller jusqu'au Havre et à Bruxelles.

    Supplément

    Dans la revue de presse, André du Fresnois, peu amateur de romans policiers, s'étonne sur un air guilleret. Et Paul Souday se fait moralisateur.

  • Le 1er janvier, Tristan Bernard (1866-1947) entre dans le domaine public et, avec quatre titres, dans la catalogue numérique de la Bibliothèque malgache (collection « Bibliothèque littéraire »).
    Plus connu peut-être pour ses traits d'esprit que pour ses oeuvres, il a lui-même contribué à faire oublier que celles-ci sont pleines de ceux-là.
    Voici l'occasion de le vérifier, et de s'en réjouir.
    L'automobile n'a pas changé seulement le voyage, elle a aussi modifié le voyageur et les lieux mêmes dans lesquels il se déplace. Les anecdotes vécues ou imaginées rassemblent, sous forme humoristique, les avantages et les inconvénients de la nouveauté. Avec une belle collection d'attitudes diverses devant la machine devenue le point de repère absolu en fonction duquel s'organise désormais la vie sociale. Les veillées du chauffeur, plus de cinquante variations sur le même thème, avec l'apparition, de temps à autre, d'une bicyclette ou d'un cheval.

    Suppléments

    Gloire à l'auto, un texte de Tristan Bernard écrit pour Le Matin au moment où son livre était publié. Et une courte revue de presse.

  • Le 1er janvier, Tristan Bernard (1866-1947) entre dans le domaine public et, avec quatre titres, dans la catalogue numérique de la Bibliothèque malgache (collection « Bibliothèque littéraire »).
    Plus connu peut-être pour ses traits d'esprit que pour ses oeuvres, il a lui-même contribué à faire oublier que celles-ci sont pleines de ceux-là.
    Voici l'occasion de le vérifier, et de s'en réjouir.
    Mémoires d'un jeune homme rangé, premier roman en solitaire d'un écrivain qui ne s'y était risqué, auparavant, qu'en compagnie, préférant écrire des pièces de théâtre pour mettre en valeur ses qualités de dialoguiste. Daniel Henry y cherche son personnage, comme un comédien qui ne saurait quel habit endosser. Ses vêtements causent d'ailleurs quelques soucis à un jeune homme toujours en train de se demander comment le voient les autres. Et les réponses qu'il apporte lui-même ne le satisfont guère, jusqu'au moment où Berthe Voraud semble s'intéresser à lui. Mais le chemin vers leur union est tortueux.

    Supplément

    Une étude de caractère, sans faire l'économie de l'aspect physique (« Il est gras ; il n'est pas rose. »). Parue dans La Presse en 1900, elle est signée Francis de Croisset : « Il a l'observation minutieuse et analytique. Il scrute le coeur humain à coups d'épingles. Il le fouille de ses ongles courts, avec le plaisir aigu et chatouilleur qu'on ressent à gratter un bouton. »

  • « Rien de plus désolant que l'histoire de la peste à Madagascar ! » L'expression ouvre un article de L'Aurore malgache en... 1931. Son auteur néglige pourtant de faire remonter la présence de la maladie à ses débuts, en 1898, et se limite à commenter dix années pendant lesquelles l'administration coloniale n'a pas réussi à éradiquer le mal.
    On lit ce dossier en 2017 ou en 2018, à un moment où la peste frappe une nouvelle fois Madagascar et où des communiqués quotidiens font le compte des décès, des cas avérés ou douteux, des guérisons. Venue du fond des temps (une manière bien peu scientifique de s'exprimer, certes), la peste est aujourd'hui encore une grande peur de l'humanité. Alexandre Yersin avait isolé le bacille de la peste en 1894, prolongeant immédiatement ses recherches par la mise au point d'un vaccin et d'un sérum. L'année suivante, il est envoyé à Madagascar pour y étudier des cas de fièvre bilieuse. Il ne croisera pas la peste sur la Grande Île, le bacille qui portera son nom attend qu'il n'y soit plus pour débarquer...
    La chronologie est implacable.

  • Gilbert de Voisins sera de ceux qui empêcheront le nom de Segalen de disparaître. Il lui a dédié, en 1913, la première édition d'Écrit de Chine: «À mon ami Victor Segalen, compagnon de voyage parfait, en souvenir de nos étapes chinoises.» Dans une réédition de 1924, il ajoute un chapitre, «Le souvenir de Victor Segalen», repris d'un article d'abord publié par La Revue de Paris.
    Ces pages ouvrent la petite stèle composée par fragments, de l'ami à l'ami. Gilbert de Voisins avait déjà, apprenant la mort de Victor Segalen, composé un hommage paru en juin 1919 dans le Mercure de France. La mémoire de l'amitié est longue et l'admiration ne s'éteint pas. Personne mieux que Gilbert de Voisins ne pouvait accueillir les publications posthumes de René Leys ou d'Équipée par des articles publiés, le premier en 1923 par La Nouvelle Revue française, le second en 1929 par Les Nouvelles littéraires.
    Les quatre articles éparpillés dans autant de publications sont ici réunis pour la première fois. (Celui de 1923 est aussi devenu la préface de notre réédition de René Leys qui paraît simultanément.)

  • Cette histoire d'un jeune mythomane (ou peut-être d'un jeune héros empêtré dans ses aventures) dont les récits étranges exaltent et déçoivent tour à tour, qui promet de livrer son secret et qui se reprend aussitôt, non sans laisser dans l'esprit de quoi l'inquiéter, cette histoire sardonique et douloureuse, coupée de sursauts plaisants, est un des plus singuliers documents que nous ayons sur la Chine d'hier, parée de ses soies brodées d'or et des prestiges de son passé. - Elle est aussi, elle est surtout la description, minutieuse en sa cruauté, du rêve auquel on demande trop, qui se ternit quand on l'éclaire, qui se brouille quand on tâche d'en tirer la vérité qu'il sous-entend, suppose mais n'expose pas ; livre amer et poignant, vivant et contrasté, où, du personnage principal, le lecteur se défie autant que s'en défiait l'auteur lui-même, et qui se termine, en quelque sorte, par un point d'interrogation.
    Gilbert de Voisins, La Nouvelle Revue française.

  • « Mme Edith Wharton aime la France comme une patrie élue, cela est certain, mais elle la juge avec fermeté ; elle ne se laisse aller à l'enthousiasme qu'à bon escient, et non sans nous avoir dit, tendrement, d'ailleurs, mais nous avoir dit, quelques-uns de nos défauts, quand il est nécessaire de les rappeler pour donner toute leur valeur aux vertus acquises ou réveillées. Qu'il est bon, qu'il est réconfortant, quelle fierté heureuse et émue, d'agir, de donner notre effort sous un tel regard amical, - et ce regard, on le devine innombrable, - un regard qui juge les causes, qui nous rend justice, qui nous choisit, qui nous donne tant d'amour et de respect... Vous lirez ce livre où, sans une faute de mesure ni de sentiment, sans littérature, et cependant avec quelles belles et heureuses expressions parfois, Mme Edith Wharton a su conter, juste dans le ton qu'il fallait, non pas en touriste sacrilège, ni en pèlerin mystique hystériquement exalté, - et c'était bien difficile de raconter quelque chose et de ne pas donner dans l'une de ces tares exaspérantes, - a su conter ses voyages aux tranchées, aux lignes de feu, aux pays dévastés, aux pays reconquis ! Vous le lirez, vous qui souffrez tant de toute la littérature qui s'est emparée des reliques et les porte comme l'âne de la fable, et vous le lirez aussi, vous, Français et, surtout... Françaises à qui je pense un peu, je l'avoue, en écrivant cette dernière phrase et qui voudrez, en considérant le tact d'une étrangère qui nous est si fraternelle et en vous efforçant d'y atteindre, ne pas nous faire démériter de ce qu'elle admire le plus en nous. » (La Revue hebdomadaire, 1916.)

  • « Ces Lectures pour une ombre, ce sont bien des récits de campagne, mais on n'en connaissait point encore de ce style. C'est mieux que la guerre en dentelles ou en gants blancs, c'est la guerre en tenue de tous les jours, la guerre accueillie avec une sorte d'indifférence polie et narquoise, comme un incident un peu gros auquel il faut bien assister et prendre part, mais sans lui permettre de nous émouvoir ni surtout de rien changer à nos habitudes d'esprit. Pas de grands mots, pas de grands gestes, pas de drame ! Le stoïcisme en quelque sorte mondain de M. Jean Giraudoux met son point d'honneur à éviter toute manifestation inutile et à ne manquer sous aucun prétexte aux règles du savoir-vivre. » (Le Temps)

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