Kinoscript

  • 1668, au beau milieu de L'Avare, George Dandin, Amphytrion, surgit une pièce inattendue, telle un boulet de canon qui emporte tout sur son passage, Les Plaideurs Racine a décidé de frapper sans compter :   1) il emplâtre son rival Corneille en parodiant Le Cid à maintes reprises dans sa pièce : le "va, je ne te hais point" devient chez Racine : "Va, je t'achèterai le Praticien français". Sans parler de l'exploit que le premier veut montrer au second : celui d'écrire une comédie, sa seule, est d'avoir plus de succés que lui.  2) Le Maître, son maître janséniste : Racine nous livre une parodie comique de son art oratoire... L'ironie est le plus beau de tous les respects, surtout quand on n'en est pas la victime.  3) Ses "amis" qui se sont opposés à lui en lui donnant des leçons de dramaturgie en prennent pour leur grade.  Pour résumer, en lisant Les Plaideurs, on se situe dans la perspective subversive du burlesque des Scarron et des D'assoucy.    A lire de toute urgence, pour ainsi réparer l'immense offense que l'Education Nationale profère chaque année, en ne le mettant jamais au programme.    Retrouvez l'actualité littéraire anticonformiste sur www.stvpress.com   O.S.V

  • La Peau de chagrin fait partie de ces livres que l'on devrait porter avec soi en toute heure. Car à eux seuls, ils comblent nos deux grandes aspiration littéraires : divertir et donner à penser. Amuser et cogiter. Enchanter la raison qui rumine alors les raisons de son ivresse.    Le canevas balzacien ne fait guère dans l'originalité : un jeune homme au bord du suicide fait un pacte avec le diable. Et pourtant, ce lieu commun accède, sous la plume de Balzac, à une dimension universelle, lorsqu'il oblige chaque lecteur à s'identifier avec Raphael, le héros. Se prendre pour Faust relevait du grand écart littéraire : les apparitions de Méphistophélès se multipliaient, les invraisemblances également et pour courroner l'ensemble, Faust rencontrait l'empereur et se mariait avec Hélène de Troie... Dans La Peau de chagrin, par une sorte de gravitation, nous sommes attirés dans les arcanes du réalisme, au sein même d'une intrigue fantastique à souhait. Contrairement à Faust, Raphael parle notre langue, se pose nos problèmes - le bonheur, la richesse, le désir, séduire - en des termes humains - rien ne distingue la fameuse peau d'une fortune qu'on hériterait puis, dilapiderait. Ce mélange entre réalisme cruel et romantisme noir permet à l'auteur de jeter le lecteur dans un abîme angoissant où le vraisemblable le dispute au frisson de terreur. Mais ce que nous lance à la figure ce jeune roman de Balzac, c'est la question philosophique du désir, que décortique avec fureur le penseur Schopenhauer, à la même époque, dans son livre-monument Le Monde comme volonté et comme représentation. Et cette interrogation n'a jamais été aussi réaliste qu'en ce début de XXIe siècle, où notre désir constitue la clé de voûte de nos sociétés de consommation. Où même les plus contestaires d'entre nous se retrouvent cloués au pilori de leur propres anathèmes : le Che Guevara finit ses jours sur des t-shirts... Comme si Balzac avait prévu les faiblesses de notre modernité. Vous pensiez avoir mis un terme à l'Histoire par l'avènement des sociétés démocratiques, de la citoyenneté globale, de la mondialisation des droits de l'homme?! Détrompez-vous, le pire est à venir. Croyant porter un coup fatal aux vices de l'humanité, nous avons travaillé sourdement à leur dilatation. Comme si chacun de nos désirs venait grossir les rangs de notre corruption. Une peau de chagrin... en expansion.   La présente édition reprend celle d'Edmond Werdet, en 1834, dans Les Etudes philosophiques.   Ce livre s'adresse à tous ceux qui croient au progrès et à la modernité. Ecoutez la leçon de Balzac. Au propre comme au figuré.

  • Dom Juan

    Molière

    Dom Juan résonne dans nos têtes comme une chanson de supermarché : tout le monde la connaît, mais personne ne peut mettre un nom sur cette réalité galvaudée : Dom Juan, c'est le sécuteur invétéré, le cynisme fait homme, l'égoisme incarné. Certes, les faits sont là. Mais derrière cette figure mythique et mythifiée, il y a un personnage conceptuel extrêmement subversif. Car, bien avant Nietzsche et Stirner, ce que propose le gentilhomme castillan, c'est de placer l'individu au centre des préoccupations. A une époque où Louis XIV fait de son mieux pour institutionaliser un centralisme castrateur.  C'est pourtant lui qui finance Molière, car ce dernier sait poser des drames qui fonctionnent sans faire trop de bruit. Même si Dom Juan n'échappera pas à la censure. Il n'échappera pas aux professeurs de Lettres, qui contribueront à diluer et discipliner le message hédoniste de Molière.  Cette lecture est une invite à lire Dom Juan comme une bombe philosophique à retardement : rien ni personne n'est épargné. Heureusement, c'est une comédie.     O.S.V

  • La Terre

    Émile Zola

    Longtemps, on a considéré La Terre comme un roman pornographique et vulgaire.  Et c'est vrai, il y a du sexe, très cru, et des "scènes", à faire pâlir le bourgeois dans sa chaumière. Une violence, aussi, digne d'une sorte de brutalisme, que bien avant Zola, on avait reproché à Pétrone, l'auteur latin du Satiricon. Par la même occasion, le premier, Zola est accusé de vouloir faire un coup commercial. Du cul pour du fric, le chef d'accusation est commun et rebattu, mais fonctionne de manière implacable.   En fait, avec La Terre, Zola, poursuit la peinture de sa fresque naturaliste. Au risque de plaire aux uns et de déplaire aux autres. Et c'est au monde paysan qu'il s'attaque cette fois. Avec ses façons de clinicien du roman et ses aises de romancier expérimental. Pour lui, l'enjeu est clair, faire tomber le couperet sur la vision romantique de la campagne, allant de pair avec un culte idéaliste de la Nature. Zola tord le cou à Chateaubriand, discrètement, mais sûrement : ce serait peine perdue que de chercher une Atala dans La Terre. Le seul personnage qui s'en rapproche, Françoise Fouan, est poussée sur une faux... Donc, la violence, elle est surtout en dehors du roman. Celle qui fait la démonstration que la littérature est une guerre sans pitié entre auteurs. Morts ou vivants. Pour qui la seule chose qui compte est d'imposer sa vérité du roman, par ses mensonges romanesques. Et Buteau, le frère de Françoise, de violer sa soeur. L'imagination de Zola n'a reculé devant aucune cruauté pour faire triompher sa thèse : le monde paysan est impitoyable, pingre et fesse-mathieu. Il ne vaut pas mieux que celui des Grands Magasins. Et peu à peu, l'originalité du roman se dessine : Zola se fait juge et accuse un monde pour lequel il n'éprouve guère de sympathie. Un monde hostile au changement, et réactionnaire. Celui des Chouans. Et si, bien souvent, les héros zoliens font l'objet d'une certaine complaisance de la part de leur créateur - pensons à Nana, par exemple, la famille Fouan n'est guère appréciée.   La présente édition reprend celle de 1887, de la fameuse "Bibliothèque Charpentier", créée par Georges Charpentier, qui se définissait lui-même comme « l'éditeur des naturalistes ».   Ce livre s'adresse à tous ceux soucieux de prendre Zola en flagrant délit de manquement à la doctrine du Roman expérimental d'après laquelle « le romancier est fait d'un observateur et d'un expérimentateur ». Et lire un zola partisan, c'est avoir sous les yeux le zola vengeur. Celui qui défendra Dreyfus. Et ça fait du bien.

  • Candide

    Voltaire

    Les éditeurs parisiens, et avec eux, les professeurs de Lettres, présentent généralement Candide comme l'oeuvre d'un écrivain des Lumières, d'un intellectuel engagé, contre l'intolérance religieuse, politique et guerrière. Contre le racisme, les coutumes absurdes et le conservatisme aristocratique. Bref, un modèle d'ironie et de sarcasmes bien placés. Le genre de type et de texte qui vous bouleverse une société à lui seul. En fait, on peut lire Candide autrement. Sans arrière-pensées. Sans sérieux et suffisance. Pour le plaisir de lire un texte frappeur et draconien contre le genre humain.  Un conte philosophique qui multiplie l'humour farcesque, voire salasse : qu'on se rappelle du début programmatique. Candide est le bâtard d'une incartade amoureuse de la soeur du baron; quelques lignes plus tard, la jeune Cunégonde surprend le prof de philo, Pangloss, en train de livrer un assaut amoureux à une servante; et le chapitre se termine par un coup de pied dans les fesses de Candide, qui a tenté de reproduire ce que Cunégonde a vu des ardeurs "philosophiques" de Pangloss... Ajoutez à cela que Cunégonde semble vouloir battre des records en multipliant ses aventures sexuelles - de bon ou de mauvais grès - et vous vous ferez une idée véritable de Candide qui n'a rien d'un livre pour innocents. C'est une parodie de ce genre littéraire bien en vogue au XVIIIe, le roman picaresque, où un pauvre erre devient le jouet du destin, qui fait de lui tout et son contraire, le hissant au sommet de la société pour le jeter tout en bas, gros jean comme devant. Il faut donc se méfier de lire dans Candide ce qu'on aimerait bien y voir. Voltaire se moque de tout et de tout le monde. Même le fameux chapitre 19, Le Nègre de Surinam, n'est pas aussi univoque qu'on le dit. L'auteur renvoie dos à dos la monstruosité des esclavagistes et la servitude volontaire des esclaves, stupide dans leur immobilisme. Bien-sûr Leibniz, Rousseau, Frédéric II, Emilie du Châtelet, la maîtresse de Voltaire, tout le monde en prend pour son grade.   La présente édition reprend le texte original paru en 1759 à Genève aux Editions Princeps   A relire de toute urgence pour avoir sur l'existence un regard toujours critique, mais jamais sérieux.

  • Au Bonheur des Dames paraît la même année, 1883, que le célèbre roman de Maupssant, Une Vie. Deux monographies romanesques, écrites par des hommes, sur les femmes. Et singulièrement, là où le second sombre dans une sorte de pessismisme schopenhaurien, le premier propose un roman de l'optimisme : une histoire d'amour qui finit bien. Au prix de quelle ironie!   Et c'est là le génie de Zola, le happy ending. On sait le goût tragique des naturalistes. La vie finit mal. Alors, pourquoi les fictions devraient-elles mentir si elles imitent la nature? Mais ce qui est à l'oeuvre dans le Bonheur des Dames, c'est aussi une tragédie. Envers et contre tout. Malgré les apparences. Et cette tragédie, c'est cette fin heureuse. Denise, la pauvre provinciale, la petite vendeuse orpheline, montée à Paris, avec un enfant sur les bras, ne peut qu'épouser le riche directeur d'un Grand Magasin, séducteur de son état, aveugle à la misère humaine, amoureux de ce qui lui résiste et qu'il ne possède pas. Cet homme s'appelle Octave Mouret. L'ironie zolienne frappe tout azimut et installe le paradigme social de la secrétaire mariée à son patron, de l'infirmière à son médecin, de l'hôtesse de l'air à son pilote. Bref, Zola démonte avec finesse les mécanismes sociaux qui unissent l'amour et le pouvoir, la domination et le sexe. Qu'on ne se fasse guère d'illusion, quand bien même tente-t-on d'y échapper, on y tombe la tête la première. Avec fracas. Est-ce là la seule raison de relire Au Bonheur des Dames? Non. Il y a aussi dans le livre une force visionnaire et inquiétante. Zola, tout en faisant mine de décrire les changements sociaux de la fin du XIXe siécle - l'apparition des premiers Grands Magasins - fait le procès de ce qui mènera, un siècle plus tard, à la mondialisation. Au fusion/acquisition. Aux chaînes. On savoure alors amèrement la cinglante ironie du titre : le « bonheur des dames » fait le malheur des hommes, entendre, l'humanité. Dans ce roman, en effet, tous les personnages sont pris au piège de l'individu, du gain, du capitalisme, en un mot...   La présente édition reprend celle de la fameuse "Bibliothèque Charpentier", créée par Georges Charpentier, qui se définissait lui-même comme « l'éditeur des naturalistes ».   Ce livre séduira aussi le lecteur du XXIe siècle, car Au Bonheur des Dames, demeure une excellente "saison" de la série des Rougon-Macquart.

  • On connaît bien le Maupassant pour collégien. Celui du Horla et des nouvelles fantastiques. Le Maupassant amusant et délassant. Qu'on lit pour fuir l'ennui. Mais, on ignore tout de l'autre Maupassant. Le schopenhauerien. Pessimiste. Sombre et mélancolique. Solitaire et flaubertien. Réaliste et perspectiviste. Qui pense que le vie ne vaut la peine d'être vécue et qui écrira dans La Solitude : « Notre grand tourment dans l'existence vient de ce que nous sommes éternellement seuls, et tous nos efforts, tous nos actes ne tendent qu'à fuir cette solitude ». Ce Maupassant là, c'est celui de Pierre et Jean. Dans ce roman, Maupassant abat clairement ses cartes : « Bourgeois, je te hais. Et je te déclare la guerre ». Bien-sûr, une guerre d'idées et de mots. Mais une guerre quand même. Guerre à l'hypocrisie et au mensonge. Guerre au paraître et aux convenances. Guerre à la gentillesse civilisée d'une société, qui, pour se rassurer, ne cesse de produire des mythes auxquels elle finit par croire. Ainsi Pierre et Jean, tel un nouveau couple fratricide et biblique dévoilent-ils peu à peu les failles d'une famille, les Roland, métonymie d'une époque, dont le seul dieu semble être l'argent. L'édition présente reproduit le texte original, publié initialement en feuilleton dans La Nouvelle Revue à la fin de l'année 1887 et au début de l'année 1888. A l'issue de la lecture de Pierre et Jean, se livre une certitude : derrière le prétendu réalisme de Maupassant se cache un faiseur d'allégories, un fabricant de symboles, détenteur des arcanes de la misère humaine. Méfiance donc.

  • « Un nez !... Ah ! Messeigneurs, quel nez que ce nez-là !... », « Apprenez que je m'enorgueillis d'un pareil appendice, [...]. », « C'est un roc !... c'est un pic !... c'est un cap ! Que dis-je, c'est un cap ?... C'est une péninsule ! » Un roc face à l'amour caché, un pic de poésie et de brutalité mêlées, un cap à franchir pour être enfin percé à jour et une péninsule de bons procédés entre deux moitiés d'hommes condamnés... D'un côté, Christian de Neuvillette, le gracieux sans cervelle. De l'autre, Cyrano de Bergerac, l'intellect obsolète. Qui ne connaît pas ce personnage là, ce mousquetaire gascon affublé d'un grand nez, amoureux de Roxanne mais dévoué au Cadet ? Nul ne peut l'ignorer car au-delà du mythe, c'est un nom qui perdure, un nom et un chapeau qu'il ne cesse d'ôter.   L'Amour avec un grand A serait-il alors, selon Rostand qui le met en scène en cinq actes, uniquement réservé aux beaux ? L'espoir de conquérir interdit aux oubliés de l'esthétisme facial et ratés de l'harmonie corporelle ? Retiré aux bafoués de l'existence et autres « bons amis » seulement à même de divertir par le rire ou d'inculquer par les mots, sans ne jamais avoir le droit d'aimer, sinon l'âme soeur, le coup de coeur... Coup d'épée dans l'eau en effet car c'est bel et bien d'injustice dont traite ici Rostand ! Sous les traits  fort charmants de Christian de Neuvillette, c'est en fait de l'esprit du cousin Cyrano - le poète au beau verbe mais laid et brute acerbe - que Roxane est éprise. L'amour impossible se jouant ainsi au coeur de ce triangle amoureux ne connaît pas de règle... Divisée entre deux hommes et soustraite à sa propre conscience, la belle multiplie les excuses pour que meurt l'inhérente évidence. De la cape à l'épée en passant par le front, siège d'Arras où le nez protégera « l'aimé », c'est de lettres passionnées en baiser sur le front - le vrai cette fois - que la vérité éclate à l'heure du son du glas. De reprises littéraires en adaptations cinématographiques (entre autres la version césarisée de Jean-Paul Rappeneau, sorti en 1990), le succès mondial du drame romantique de Rostand est immortel. Une écriture généreuse, une bonne dose d'infortune et un personnage hors-norme, tant par son nez démesuré que par ses multiples facettes effrontément exagérées. Craignant pourtant que sa pièce soit un véritable fiasco, Rostand s'excusa auprès de l'acteur Coquelin  le jour de la représentation générale pour l'avoir « entraîné dans une pareille aventure »... Pourtant Cyrano fut une triomphe sans précédent. Le ministre des finances lui-même vint offrir à l'auteur sa propre Légion d'honneur, factice certes, mais tout de même ! On peut dire que l'homme avait le nez creux tant son flair l'avait poussé à sentir l'effluve du succès... Rostand se vit en effet remettre la véritable Légion d'honneur dans les jours qui suivirent, le 1er janvier 1898. Librement inspirée de Savinien Cyrano de Bergerac (1619-1655), Cyrano de Bergerac demeure de fait la plus célèbre pièce de théâtre d'Edmond Rostand. Dans le cadre de la collection « 3 raisons », c'est ainsi en dépassant le noir/blanc/rouge d'une « péninsule » découpée à l'obscur que vous embarquerez. Archétype humain digne du Roi Arthur ou de Don Quichotte (pour qui il retire son  chapeau au seul son de son nom), Cyrano s'adresse donc à tous, sans exception, petits et grands, beaux et moins beaux, épris ou pas.

  • Salammbô

    Gustave Flaubert

    On connaît mal les textes d'après Bovary. Comme si le roman qui fit tant de bruit par son procès éclipsait le reste de l'oeuvre. Salammbô fait partie du lot. Malheureusement. D'abord, parce qu'inclassable; tout bon professeur de Lettres s'y casse la tête; et  voici un roman de Flaubert qui n'est pas réaliste. Mais historique. Et qui plus est une histoire que l'on ignore généralement : les guerres puniques (pas ou peu au programme d'histoire de l'Education Nationale), et particulièrement une époque singulière de ces conflits, la guerre qui opposa Carthage à ses mercenaires.   Mais c'est aussi un roman qui heurte le bon goût de l'intellectuel germano-pratin. Il y a plus de sang que la morale rationnelle l'exige. Un sang esthétisé par Flaubert, comble de la misère spirituelle pour tout lettré qui se respecte. La violence ne fait pas bon ménage avec la vraie littérature. Et bien Flaubert nous démontre le contraire. Au cinéma, il faudrait la caméra de Coppola pour rendre l'intensité flaubertienne. Celui d'Apocalypse Now et du Godfather. Une fresque baroque et nihiliste.  Résumé en une phrase, Salammbô, c'est l'histoire d'une princesse orientale, vierge et consacrée aux dieux, qui tombe amoureuse de l'ennemi de son père, de son pays, de sa patrie, qui le trahit et qui en meurt. Entre le premier et le dernier regard enchâssants le récit, il n'y a que d'incessants va-et-vient entre les deux camps et les deux corps, celui de Salammbô et de Mathô - le mercenaire au grand coeur. Mathô, c'est aussi, paradoxalement et ironiquement, la figure romantique du révolté déchu. Qui pour trop aimer, est condamné à perdre, alors même qu'il lutte pour la Justice. En effet, Carthage refuse de payer ses soldats de fortune, qui lui ont été fidèles face à un ordre implacable, celui de Rome. Mathô, une sorte de pré-Spartacus. On ne peut prêter à Flaubert des intentions socialistes - il est pourtant dans l'époque - lui dont le pessimisme damne toute action politique. Cependant, il y a aussi quelque chose des frères Gracques chez ce héros flaubertien, symboles au XIXe siècle de la révolution intelligente, célèbres adversaires de l'injustice praticienne.  Bref, Flaubert dégouté de tout (du monde, littéraire et mondain) propose des figures alternatives. Aux veines gonflées de désir et de force. Antidotes à notre temps. Bien-sûr.   La présente édition reprend le texte de l'édition de 1883, de la Bibliothèque Charpentier.

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