Collection XIX

  • Pierre et Jean

    Guy de Maupassant

    - Zut ! s'écria tout à coup le père Roland qui depuis un quart d'heure demeurait immobile, les yeux fixés sur l'eau, et soulevant par moments, d'un mouvement très léger, sa ligne descendue au fond de la mer.Mme Roland, assoupie à l'arrière du bateau, à côté de Mme Rosémilly invitée à cette partie de pèche, se réveilla, et tournant la tête vers son mari : - Eh bien !... eh bien !... Gérôme !Le bonhomme furieux répondit : - Ça ne mord plus du tout.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • MADAME DE BLINVAL.LE CHEVALIER.ERGASTE.UN POÈTE ÉLÉGIAQUE.UN PHILOSOPHE.UN GROS MONSIEUR.UN MONSIEUR MAIGRE.DES FEMMES.UN LAQUAIS.Le lendemain, des pas traversaient la forêt, Un chien le long du fleuve en aboyant errait : Et, quand la bachelette en larmes Revint s'asseoir, le coeur rempli d'alarmes, Sur la tant vieille tour de l'antique châtel, Elle entendit les flots gémir, la triste Isaure : Mais plus n'entendit la mandore Du gentil ménestrel1 Bravo !

  • Yvette

    Guy de Maupassant

    En sortant du Café-Riche, Jean de Servigny dit à Léon Saval : - Si tu veux, nous irons à pied. Le temps est trop beau pour prendre un fiacre.Et son ami répondit : - Je ne demande pas mieux.Jean reprit : - Il est à peine onze heures, nous arriverons beaucoup ayant minuit, allons donc doucement.Une cohue agitée grouillait sur le boulevard, cette foule des nuits d'été qui remue, boit, murmure et coule comme un fleuve, pleine de bien-être et de joie.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • L'aurore apparaissait ; quelle aurore ? Un abîme
    D'éblouissement, vaste, insondable, sublime ;
    Une ardente lueur de paix et de bonté.
    C'était aux premiers temps du globe ; et la clarté
    Brillait sereine au front du ciel inaccessible,
    Étant tout ce que Dieu peut avoir de visible ;
    Tout s'illuminait, l'ombre et le brouillard obscur ;
    Des avalanches d'or s'écroulaient dans l'azur ;
    Le jour en flamme, au fond de la terre ravie,
    Embrasait les lointains splendides de la vie ;
    Les horizons pleins d'ombre et de rocs chevelus,
    Et d'arbres effrayants que l'homme ne voit plus,
    Luisaient comme le songe et comme le vertige,
    Dans une profondeur d'éclair et de prodige ;
    L'Éden pudique et nu s'éveillait mollement ;
    Les oiseaux gazouillaient un hymne si charmant,
    Si frais, si gracieux, si suave et si tendre,
    Que les anges distraits se penchaient pour l'entendre ;
    Le seul rugissement du tigre était plus doux ;
    Les halliers où l'agneau paissait avec les loups,
    Les mers où l'hydre aimait l'alcyon, et les plaines
    Où les ours et les daims confondaient leurs haleines,
    Hésitaient, dans le choeur des concerts infinis,
    Entre le cri de l'antre et la chanson des nids.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Dans une chambre claire, inondée des rayons du soleil d'avril, deux jeunes gens déjeunaient et causaient. Le plus jeune, d'apparence frêle, avec des cheveux blonds, des yeux extrêmement vifs, une physionomie à traits prononcés où se peignait un caractère ferme, faisait, à côté de l'autre, qui avait des joues encore roses, des buissons de cheveux bruns et cet oeil langoureux particulier aux natures indécises qu'un rien abat et décourage, un contraste saisissant.
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Ceux qui n'ont pas vu la gloire de l'Empereur Napoléon dans les années 1810, 1811 et 1812 m sauront jamais à quel degré de puissance peut monter un homme.
    Quand il traversait la Champagne, la Lorraine ou l'Alsace, les gens, au milieu de la moisson ou des vendanges, abandonnaient tout pour courir à sa rencontre ; il en arrivait de huit et dix lieues ; les femmes, les enfants, les vieillards se précipitaient sur sa route en levant les mains, et criant : Vive l'Empereur !
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Le père et la mère de Julien habitaient un château, au milieu des bois, sur la pente d'une colline.Les quatre tours, aux angles, avaient des toits pointus recouverts d'écailles de plomb, et la base des murs s'appuyait sur les quartiers de rocs, qui dévalaient abruptement jusqu'au fond des douves.Les pavés de la cour étaient nets comme le dallage d'une église. De longues gouttières, figurant des dragons la gueule en bas, crachaient l'eau des pluies vers la citerne ; et sur le bord des fenêtres, à tous les étages, dans un pot d'argile peinte, un basilic ou un héliotrope s'épanouissait.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

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