Bibliothèque malgache

  • Une femme doit-elle retrousser sa robe en marchant ?
    C'est l'une des questions fondamentales auxquelles Balzac parvient quand il publie, en 1833, sa Théorie de la démarche dans L'Europe littéraire. Il avait eu le projet, finalement avorté, d'intégrer à La Comédie humaine quelques textes qui, pour lui comme pour les spécialistes, sont devenus plutôt des annexes. Il imaginait « quatre ouvrages de morale politique, d'observations scientifiques, de critique railleuse, tout ce qui concernait la vie sociale analysée à fond ». Il a fait mieux que les imaginer, puisqu'il les a écrits, au moins en partie. Outre Théorie de la démarche, il y incluait Traité de la vie élégante et Traité des excitants modernes.
    Mais c'est la démarche, ou la marche, qui nous intéresse ici pour ouvrir la collection dédiée à ce mouvement humain. Comment Balzac s'étonne qu'elle n'ait pas été davantage étudiée par les savants, quelle place elle occupe dans la vie sociale, ce qu'il peut en dire par l'observation et la réflexion. Tout cela avec un esprit de sérieux souvent démenti par lui-même : « Ici, je serai toujours entre la toise du savant et le vertige du fou. »
    À bon entendeur...


  • Antoine de Baecque, qui connaît L'art de marcher, a donné sous ce titre, en 2013, un ensemble de textes d'Yves Gallot, précédé d'une copieuse préface. L'ouvrage que nous publions, s'il lui ressemble, est néanmoins différent. Il reprend la genèse de ce qui allait devenir, en 1898, L'art de marcher et, en 1909, Souvenirs du célèbre marcheur Gallot.


    Tout commence le 20 décembre 1896 dans le Journal des Voyages par un entretien avec l'étonnant marcheur Gallot, présenté comme une sorte de phénomène et qui ne rechigne pas à conter ses exploits. Si bien qu'il est invité à les partager plus largement dans les numéros suivants. Du 27 décembre au 14 février de l'année suivante, les lecteurs de l'hebdomadaire y lisent donc les huit livraisons des Souvenirs d'un marcheur, situés Au-delà des mers comme le précise un surtitre. Il s'agit en effet de ses aventures américaines, et il n'y est pas question que de marcher. Pour faire bonne mesure et à la demande de « nombreux lecteurs » (ils deviendront ses « nombreux amis » dans l'ouvrage publié en 1898), le feuilleton est prolongé par un article intitulé L'art de marcher.



    On notera avec un sourire que si, dans le Journal des Voyages, la caution littéraire utilisée par Gallot était Paul de Kock, il utilisera ensuite les exemples plus prestigieux de Victor Hugo et de Jean-Jacques Rousseau.

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