• 33 tours

    Livret Millésime 2018

    On erre dans les souvenirs de Michael comme dans les rues de Scarborough. Dans cette banlieue de Toronto, la misère et le racisme règnent. Francis amène Michael à ses premières soirées, lui fait découvrir le bar le plus branché et underground de la ville. 33 tours c’est le récit d’un aîné qui commence à faire l’éducation de son petit frère. La violence de la rue est omniprésente et, entre les premiers cocktails et les premières filles, il restera à Michael beaucoup de choses à apprendre. Pourtant, c’est sans Francis que le jeune adolescent grandit. David Chariandy nous dresse un portrait en creux de ce grand frère, qui nous manque sans qu’on ne l’ait jamais croisé. Le récit d’une absence, d’une injustice et d’une dévotion fraternelle magique. Une ambiance parfaite et qui fait froid dans le dos. Une plume au service d’émotions insoutenables.

    Valentine Beaur, Le Livre et la Tortue

  • L'arbre- monde

    Livret Millésime 2018

    Avec L’Arbre-Monde, vous allez plonger dans une géniale épopée, dans un « roman forêt » ambitieux et choral qui va vous engloutir tout cru. Les racines du roman que vous tenez entre les mains sont les vies de neuf personnages racontées à tour de rôle, chacun d’entre eux ayant un rapport unique à la forêt. Il y a Mimi, fille d’un réfugié chinois, Adam, étudiant en psychologie, Neela, créatrice de jeux vidéos, Douglas l’ancien combattant, Olivia la déjà-morte, ou le curieux couple de théâtre Dorothy et Ray. Vous rencontrerez aussi Patricia, biologiste ermite, qui découvrira bien avant tout le monde les capacités insoupçonnées des arbres. Et finalement vous apparaîtra Nick, un artiste dont la famille n’a eu de cesse de prendre en photo le même châtaignier durant plusieurs générations, et qui sera peut-être le lien entre tous les personnages. Neuf vies qui courent sur 100 ans, s’entremêlent, se chevauchent, s’accomplissent et vous révèleront le talent de Richard Powers pour raconter des histoires avec poésie et intelligence. Ce roman est fascinant, il est malicieux et foisonnant. Il se déploie au fil des pages et vous donnera à voir différemment les arbres et forêts. Vous n’y serez pas indifférent car voilà l’un de ces rares livres qui vous laissent avec un sentiment tenace lorsqu’on l’achève : celui d’avoir grandi et de mieux appréhender les interrogations du monde. 

    Thomas Auxerre, L’Amandier

  • Au loin

    Livret Millésime 2018

    L’histoire est très simple : Hakan, jeune Suédois de 16 ans, est envoyé par son père à New-York, avec son frère aîné, pour fuir la misère. Mais les frères sont séparés au cours d’une escale en Angleterre et Hakan se retrouve sur un bateau à destination de San Francisco. Dès lors, il n’aura qu’un but : se rendre à New-York pour y retrouver son frère. Mais nous sommes en pleine ruée vers l’or, il ne parle pas un mot d’anglais, n’a pas d’argent, se trouve sur une terre hostile et n’est pas conscient qu’il a un continent à traverser à pied, à contre-courant des pionniers qui se ruent vers l’Ouest. Dans cette relecture du mythe du Far West, Hakan va croiser une galerie de personnages hauts en couleur : Indiens, chercheurs d’or, criminels… Il va nouer des liens très forts avec certains mais surtout expérimenter la solitude. Et, ce qui débute comme un roman d’apprentissage, se transforme en quête existentielle : les années passent et c’est finalement la vie entière d’Hakan qui se déroule dans des paysages désertiques aux conditions extrêmes. Hernán Díaz, dont c’est le premier roman, évoque l’immigration, l’altérité, la figure de l’étranger confronté à une langue et à un univers qui lui sont totalement inconnus ; mais il décrit aussi, dans une langue magnifique, une nature hostile qui finalement constituera un refuge. De la première à la dernière page, vous vivez cette véritable odyssée avec son personnage principal et vous vous souviendrez longtemps de ce western métaphysique. 

    Laurent Bojgienman, Librairie Nouvelle

  • Bazaar

    Livret Millésime 2018

    Premier roman de Julien Cabocel, Bazaar est un texte onirique. L’auteur nous propulse dans la peau de Dominique Chevallier, un salarié parisien que la routine a avalé. Un soir d’été, Dominique prend la voiture, débranche son GPS, traverse tout Paris et se dirige vers le Sud. Il roule alors à l’aveuglette, croisant des personnages originaux, presque irréels. On voyage avec lui dans une campagne chaude, quasi désertique, jusqu’à arriver au Bazaar : un motel singulier accueillant des individus qui le sont tout autant. On y croise une tatoueuse, une ancienne amante, un inventeur casse-cou et bien d’autres. Chacun d’entre eux nous fait voyager, nous émeut, nous incite à vivre. Écrit comme une véritable invitation à la vie, Bazaar est un songe, un rêve éveillé dont on a du mal à se sortir. 

    Roman Sargalski, L’Amandier

  • La blessure ; l'amour, la folie, une guerre

    Livret Millésime 2018

    « À mourir pour mourir, je choisis l’âge tendre. » Barbara
    1960. Le sergent Robert Sipière est appelé en Algérie. Il échange une correspondance amoureuse avec sa fiancée Danielle, étudiante à Paris. Il évoque la camaraderie entre soldats, les affrontements, la mort, la torture, sa volonté de ne pas voir son coeur se durcir face aux atrocités. En juin, il est tué en Kabylie.
    1980. Danielle a refait sa vie. Elle s’est mariée avec un ami de Robert, a eu trois enfants. Elle aime chanter Barbara. Soudain, elle est foudroyée par une dépression profonde qui fera vivre quinze ans d’enfer à elle et ses proches.
    2000. Jean-Baptiste Naudet est le fils de Danielle. Il est correspondant de guerre en Europe de l’Est et dans les Balkans. Sur le front, il prend des risques inconsidérés, se sent bien. Dès qu’il rentre à Paris, l’angoisse l’assaille. Il finit par s’effondrer psychologiquement. Il revisite alors l’histoire de sa mère, découvre les lettres de Robert, comprend qu’elle ne s’est jamais remise de cette blessure. Lui-même, n’a-t-il pas voulu suivre les traces de cet homme et mourir au combat ?
    La Blessure est un récit autobiographique bouleversant sur les secrets de famille et les blessures de la guerre d’Algérie, un hommage émouvant d’un fils à sa mère.

    Stéphanie Fuilla-Weishaupt, Au pays des Livres

  • Les bracassées

    Livret Millésime 2018

    En tant que libraire, on nous demande souvent si nous n’avons pas en stock un livre positif, drôle, sans pour autant tomber dans la mièvrerie. Et bien écrit évidemment. Ça semble simple à trouver, me direz-vous ! Mais on se rend vite compte que de tels romans ne courent pas les rues. Marie-Sabine Roger réussit le pari. Ses personnages sont drôles (souvent malgré eux), humains et bienveillants. Une vieille dame obèse et agoraphobe vit seule avec son chien, aussi gros qu’elle. Une jeune femme a le syndrome de Gilles de la Tourette : tocs, mouvements brusques et insultes involontaires au programme. Les deux femmes n’ont rien en commun. Ce sont seulement des « bras cassés », mises au ban de la société à cause de leur maladie, leur folie, leurs particularités respectives. Le regard des autres et celui que l’on porte sur soi sont un vaste programme. Ils peuvent blesser, réduire à moins que rien, mais également donner du souffle et changer (sauver ?) des vies. Nos héroïnes et leurs acolytes vont tenter, sans prétention aucune, de mettre le doigt dessus. La lecture des bracassées touche, réjouit et apaise. 

    Élise Laurant, Les beaux Titres

  • Ça raconte Sarah

    Livret Millésime 2018

    Ça raconte Sarah est l’histoire d’un amour absolu et tragique, une passion splendide, mêlée de culpabilité. Tendre, colérique, douce, vive… résolument moderne. C’est aussi, surtout, Sarah, violoniste prodigieuse, fougueuse, aux « yeux de serpent aux paupières tombantes », au « nez cassant de doux rapace » ; Sarah, S comme le soufre, pour son amante. Un premier roman de Pauline Delabroy-Allard, au style d’une clarté et d’une poésie rares. Un texte aux phrases courtes et percutantes, illustrant la perfection de l’Amour, ses joies, ses affres, qui transporte, assomme et résonne jusqu’à la fin. 

    Suzanne Varol, Katia Wisniewski

  • Chien-loup

    Livret Millésime 2018

    Août 1914. Un été prometteur pour les moissons à Orcières, au coeur du Quercy. Mais l’Histoire est en marche. Le tocsin, puis une affiche à la mairie, précipitent ces terres tranquilles dans le malheur. Hommes et bêtes montent au front, laissant aux femmes la rude tâche de poursuivre seules les travaux agricoles. Un voyageur entre au village pour y trouver refuge. C’est un Allemand, un dompteur qui n’abandonnera pas ses fauves malgré les réquisitions. La maison vigneronne au sommet de la colline fera l’affaire. Peu de temps après, des moutons disparaissent. La peur s’installe, alimente les fantasmes et dérègle les humeurs. Août 2017. Franck, producteur de cinéma et pur produit parisien, loue avec Lise un « gîte isolé au milieu d’anciennes vignes ». Dès le premier soir, un gros chien-loup leur rend visite. Il s’impose comme une énigme, un messager, qu’ils suivent sur ces terres aux allures de jungle luxuriante, où le silence n’est que bruits, feulements et froissements. De quoi faire perdre pied aux deux ingénus pour les amener au coeur de la tragédie qui a frappé le village. De quoi les sauver aussi, de la férocité de la nouvelle industrie cinématographique qui fait trembler Franck. Prédateurs et proies luttent pour la vie, la survie et la domination d’un territoire depuis toujours. La paix est impossible. Pourtant, ce roman fauve, violent et sonore, appelle chacun à l’expérience de l’ensauvagement pour résister aux monstruosités de nos sociétés policées. Puis, à dompter ces instincts sauvages qui séparent les hommes de leurs semblables, de la nature et des bêtes. 

    Françoise Bourgoin, Librairie de Bagatelle

  • Les Déracinés

    Livret Millésime 2018

    À Vienne, en 1932, au milieu de l’insouciant tumulte des cafés et de l’opéra, Wilhelm, journaliste, rencontre Almah, la femme de sa vie. Face à la montée naissante de l’antisémitisme, tous deux perçoivent vite le danger et se décident à partir avec leur fils pour la Suisse. Mais leur parcours est interrompu par un problème de passeport. Une seule issue possible : rejoindre un kibboutz en République dominicaine. À une époque où les images d’ailleurs sont encore peu diffusées, imaginez le choc de ce jeune couple viennois découvrant une île paradisiaque, faite de jungle, de sable et de bord de mer… Comment se reconstruire, prendre racine et rester ensemble quand tous les repères tombent ? Fondée sur des faits réels, cette fresque au souffle romanesque révèle un pan méconnu de la Deuxième Guerre mondiale. À cette belle histoire d’amour se mêle celle de ces hommes et femmes pris dans les turbulences du temps, des frontières et des guerres, prêts à bâtir avec espoir un nouvel avenir. L’écriture est raffinée, construite et élégante, rare pour un premier roman. 

    Nicolas Mittaud, Librairie de Bagatelle

  • Deux mètres dix

    Livret Millésime 2018

    Les destins de quatre athlètes de haut niveau se recroisent, plusieurs années après la gloire des podiums internationaux et des records du monde. Aux États-Unis, une ancienne championne de saut en hauteur dépérit dans un bungalow, entre de terribles douleurs physiques et la nostalgie de ses grands succès. Un jour, elle reçoit d’un pays d’Europe de l’Est une lettre inattendue. Collectionneur de records du monde, un haltérophile kirghize nous entraîne dans les couloirs du sport du CCCP, desquels, visiblement, personne ne sort indemne. Puis débarque au Kirghizistan un visiteur inattendu. Jean Hatzfeld, avant d’être grand reporter et écrivain de la terreur rwandaise, a été journaliste sportif. Magnifié par son écriture, le sport devient ici une matière poétique riche, en même temps que le révélateur de destins individuels bouleversants. Deux mètres dix est un voyage profondément humain, entre odeur de fonte et envol vers des barres très hautes dans le ciel. 

    Clémence Praz, Dédicaces

  • La folie Elisa

    Livret Millésime 2018

    E.L.I.S.A. : A.S.I.L.E. : 1) lieu où l’on peut trouver refuge, protection. 2) établissement psychiatrique. Quatre femmes d’aujourd’hui trouvent refuge dans un îlot de verdure et de calme, au milieu d’un monde devenu fou. Dans l’intimité des chambres claires, L. recueille leur histoire au creux de ses mains : Emy, la rockeuse anglaise qui s’est perdue dans une vie travestie et altérée par la drogue et l’alcool. Ariane, la comédienne française lassée des mondanités et du rôle perpétuel que son métier l’a obligé à revêtir, et qui a décidé de dire NON. Sarah, la danseuse israélienne qui, à Berlin, s’est réconciliée avec son corps traumatisé après avoir échappé à un attentat. Irini, la sculptrice grecque qui n’a pas supporté que son père vende la maison dans laquelle elle avait grandi, comme s’il effaçait du même coup la figure de sa mère. Les récits de ces quatre femmes puissantes s’entremêlent à la caméra obscura qui nous donne à voir le monde dans lequel elles évoluent. Un monde violent, absurde, où s’érigent de plus en plus de murs et de frontières. La haine suinte désormais de toute l’Europe et contraint les exilés à l’errance. Mais c’est aussi le récit du corps, celui de la femme, qui chante, joue, danse ou crée, qui aime passionnément, violemment, déraisonnablement, envers et contre tout. Pour tenter de trouver un refuge, un chez-soi, quand l’asile se refuse à elles et qu’il leur est impossible de trouver la paix. Alors les forces qui vivent et résonnent en elles seront leur salut. 

    Anna Schulmann, L’Ecriture

  • La fourrure blanche

    Livret Millésime 2018

    Rencontre improbable entre Elise, jeune fugueuse fille de junkie, et Jamey, brillant étudiant d’une famille milliardaire, La Fourrure Blanche est l’histoire pas si simple d’un jeune couple américain des années 1990. Emportés par la fureur et la passion, confrontés à leurs responsabilités d’adultes, tiraillés dans leurs choix, remis en cause par leurs amis, leurs familles : leur destin se construit dans une Amérique encore pleine de préjugés. Difficile d’écrire une histoire d’amour contemporaine sans tomber immédiatement dans des clichés guimauves et artificiel.Mais, lorsque le livre débute par la scène d’une jeune femme aux longues tresses afro pointant un fusil de chasse sur le corps de l’homme qu’elle aime, on se sait déjà loin de ces écueils. Après ce premier choc d’un démarrage aux allures de polar, nous voilà conquis par l’écriture de Jardine Libaire. Son art : nous décrire les émotions de ses deux héros si différents avec une justesse, une précision et une sensualité rares. Un très beau roman d’amour comme on en lit si peu et comme on en veut tant ! 

    Corinne Kim, Librairie de Bagatelle

empty